Pour les jours de Pâques...

J’aime les histoires.

Qu’elles soient « vraies » ou pas.

Je me fiche que Hercule, Merlin, Baba-Yaga, Christ ou Nasreddin aient eu une existence historique. Est-ce que Castaneda a vraiment rencontré Don Luis ? Est-ce que la Dame du lac et l’épée Excalibur sont à chercher quelque part dans la géographie et le temps du monde ?

Et Yggdrasil, il est planté où ?

Si elles me font resonner, si elles me font faire un pas et me conduisent où je ne suis jamais allée, en un mot : si elles deviennent pour moi une expérience, alors pour moi, elles sont vraies.

Artiste conteuse, je commence toujours par me demander en quoi une histoire est vraie pour moi.

Pour le savoir je raconte en public et/ou je pars volontiers voyager en rêve dans les grands archétypes, les récits mythologiques et les contes merveilleux.

Evidemment, à chaque voyage je n’en saisis que des parcelles, mais c’est comme de découvrir patiemment un pays, sa langue, ses habitants…il faut du temps et de la chance !

Et j’en reviens plus vivante à chaque voyage.

Avec plus de questions, et plus d énergie aussi. Plus de courage pour affronter mes peurs.


Les histoires bibliques ne font pas exception. Je les visite de la même manière : en y emmenant mon corps, mes émotions (et mon mental quand il veut bien se faire intuition).

Dès lors, quel régal !

Noël : quel voyage !

La Pentecôte : une merveille !

Mais pour tout vous avouer, Pâques à ma préférence.

Parce qu’il est question de Vie, de Mort, d’une traversée fantastique, d’un tout-sauf-sage passage,

et comme d’arracher sa liberté ! Se planter au milieu de la bataille. Un truc genre pirates de Caraibes, quoi!

J'adore l'historie de Pâques. Parce qu’il y a toute une intrigue, un héros (beau, courageux, amoureux, drôle et fortiche et humble à la fois) et ses amis, Pierre, Jean, et une Marie-Madeleine magnifiquement vivante, un idiot qui ne croit que ce qu’il voit, un traitre, un juge pas con mais qui s'en lave les mains, du suspens, des épreuves, un climax terrifiant de doutes et de douleur…et un happy-end.

Comme conteuse et amatrice de contes, j’adore !

Et puis, derrière l’histoire, une réalité se dessine, qui me semble en rapport, aujourd’hui encore, avec ma vie : de quoi suis-je esclave ? Qu’est ce qui me retient d’aller vers qui je suis vraiment ?

Qu’est ce qui fait que quelques fois je préfère fuir plutôt que de dire « OUI » à ce qui se présente ? Qu’est ce qui m’attache au petit être impuissant, plaintif, râleur que je suis parfois ?


Bien sûr, les circonstances…Hé, ho ! la vie c’est pas facile !

Mais alors je me rappelle de cette phrase de Nelson Mandela : « vous avez le pouvoir de me mettre en prison, mais pas le pouvoir de faire de moi un prisonnier ». Et merde.

On n’est donc pas obligé d’intérioriser le tyran ?


Et je pense aux textes de Etty Hillesum dans « une vie bouleversée » (éditions du Seuil).

Elle, dans les camps de concentration écrit : « La vie est une chose merveilleuse et grande : après la guerre, nous aurons à construire un monde entièrement nouveau et, à chaque nouvelle exaction, nous devrons opposer un petit supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-mêmes. Nous avons le droit de souffrir, mais non de succomber à la souffrance.

Et si nous survivons à cette époque indemnes de corps et d’âme, d’âme surtout, sans amertume, sans haine, nous aurons aussi notre mot à dire après la guerre. Je suis peut-être une femme ambitieuse : j’aimerais bien avoir un tout petit mot à dire. »

Classe, non ?

Décidément, j’adore ces histoires de Pâques : Vie et Mort de chaque côté du pont… et il suffit de se retourner pour que chacune d’elle change de côté. Un vrai casse-Golgotha.

Sacrée série !

Impossible pour autant de faire du « Bing-watching », parce que jeudi, vendredi: chaque jour son intrigue.... et le samedi : écran noir. Rien.

On fait le mort et on récapitule tout seul les épisodes précédents :

-La fameuse scène du repas et ce rituel un peu cannibale (ceci est mon sang, ceci est mon corps) juste pour rappeler que oui, qu’on se la pète ou pas, on est matière. Physique. Emotionnelle. Mentale. Et c’est bien là, dans cette matière, que l’histoire nous propose d’être aussi étincelle de Vie ! Vois le défi… C’est pas beau, ça ?

-Et puis la distribution des rôles pour le lendemain, comme dans un jeu télévisé, une « téléréalité » (toi le traitre, toi le peureux, toi le concret, toi le fidèle, etc. )

-Et puis le mont des oliviers (humm tu la sens l’odeur chaude des olives gorgées de soleil ?) sur lequel il ne faut pas s’endormir mais où le sommeil, comme dans l’épopée de Gilgamesh, est le plus fort…. et puis le Golgotha donc, et la croix, et le doute , et l’oubli de ce que je fous là (la fameuse réplique : Eloï, Eloï, lama sabactani), et la mort, la résurrection…


Là c’est intéressant aussi.

Pourquoi on parle toujours de la MORT du héros en oubliant la fin de l’histoire ?

Les derniers épisodes n’étaient pas dispos en streaming, ou tout le monde s’est endormi

avant la fin ?

Alors je spoile, tant pis : CA FINIT BIEN !

Le dimanche la belle Marie-Madeleine arrive devant le tombeau vide, elle demande ou est le héros à un type qui est là et qu’elle prend pour le jardinier…. avant de « se retourner »… et de reconnaitre son bien-aimé. Elle l’aime, il l’aime, ils sont comme les deux faces de la même pièce, mais elle ne le reconnait pas toute de suite !

En fait, personne ne le reconnait. C’est génial !

Comme Merlin, dans les histoires de la Table Ronde. Comme Elegua dans les histoires Yoruba : tantôt enfant, tantôt vieillard, on ne sait qu’après qu’on vient de le croiser et de parler avec lui…

Là…là c’est le moment de l’histoire ou je pleure. A chaque coup.

Parce que ce que je vois là, c’est que si je veux continuer à me reconnaitre à la fin du voyage,

si j’ai besoin qu’on me reconnaisse, alors autant ne pas tenter la traversée. Pas d’aventure.

Pas de retournement, et aucun passage qui vaille la peine si je tiens à me retrouver identique à moi-même, de l’autre côté.

Et bon....ca c'est peu difficile, pour moi; l'idée de ne pas être reconnue par ceux que j'aime.


Mais quelle aventure. Et encore ! L’histoire n’est pas finie ! Y’a une suite...

PS : c’est une interprétation tout à fait personnelle de l’histoire. Je n’empêche personne de la raconter autrement… Bonne Pâques!

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